

Chapitre 4 : Référence
Revenons maintenant à notre séquence initiale de Matrix.
Comme on le voit, en l'espace de quelques secondes et de deux références littéraires, la note d'intention des Wachowski, leur fameux " Choix du Jour ", aura été plutôt explicite. On
pourrait le résumer ainsi :
Cher spectateur
(et plus spécialement le monsieur qui connaît Baudrillard et Carroll et qui se croit malin). Dans ce film, il ne sera question que de simulation et de simulacre.
Toi, spectateur, portera ton attention sur le signifiant, en le confondant avec le signifié. Guidé par ton intuition, tu te construiras toi-même un univers cohérent basé sur une proposition
absurde, quand bien même nous te rappellerons constamment que tu te trouves dans un univers informatique, c'est-à-dire sous la dictature d'une logique binaire.
Le spectateur le plus cultivé, le plus inquisiteur, se sera donc fait prendre au piège de la référence qu'il s'était plu à reconnaître. Il aura vu du Baudrillard dans l'idée d'un Neo qui découvre
le monde réel derrière les apparences de la simulation. Il aura vu du Lewis Carroll dans l'image d'un Neo suivant le lapin blanc pour, plus tard, passer A travers le Miroir.
Mais à aucun moment, semble-t-il, il ne pouvait se détacher du
concept de la référence pour considérer ce que cette référence impliquait réellement comme système déjà à l'oeuvre dans le film, et déjà à l'oeuvre sur lui en tant que spectateur.
Car la référence, dans le cas présent, jouait déjà le rôle d'un simulacre.